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Numéro :

66

Titre du projet :

Le champ de la subjectivité dans la parole

URL :

http://lpl-aix.fr/projet/66

Date de début :

1/01/2003

Date de fin :

31/12/2006

Responsable(s) :

Geneviève CAELEN-HAUMONT

Laboratoire d'accueil :

LPL (LPL)

Laboratoires associés :

Section(s) :

34

Contrat[s] :

Budget (euros) :

Equipes concernées :

Prosodie et Représentation Formelle du Langage (PRFL)

Description :

Caelen-Haumont & Bel [CAE-991] proposent de distinguer dans la prosodie deux strates, l’une qui serait la partie linguistique et conventionnelle, correspondant à l’intonation (en relation avec la structure linguistique), et l’autre qui serait la partie exprimant l’affectivité (« l’émotion-racine », à la source de l’individu et de ses expressions), exprimée par le mélisme, d’expression locale souvent mono-lexicale. Le mélisme serait caractérisé par une amplitude de F0 importante, ce qui implique des valeurs maximales de F0, et serait ainsi souvent lié à une rupture mélodique ou prosodique de la trame linguistique, rupture intervenant donc souvent en dehors des frontières de syntagmes.

En l’absence de terme approprié, nous avons emprunté au domaine musical le terme de mélisme. Ce terme s’applique dans le cadre d’un item lexical, ou au plus d’une suite de mots, à la forme acoustique et mélodique, désignant une structure phonologique de surface, avec une granularité adaptée à ses objectifs [CAE-1877].

Concernant cette granularité, la division du registre du locuteur selon 4 niveaux, usuelle depuis Delattre (1966), nous a paru insuffisante pour nos objectifs, même si elle convient parfaitement au traitement de l’intonation. En effet notre hypothèse est que dans les excursions mélodiques importantes qui sont en relation avec l’affectivité, il existerait une sorte de « signature » dans les rapports de valeurs mélodiques ou les formes. Cette signature appartiendrait soit au type de registre affectif (affectivité indifférenciée ou au contraire émotions spécifiques), soit au locuteur, soit encore, a fortiori, au croisement du registre affectif et du locuteur. Toutefois il reste également envisageable que cette signature ne soit pas le fait de tous les locuteurs.

L’évaluation de cette hypothèse suppose d’investiguer en priorité les niveaux aigus du répertoire du locuteur (mais pas seulement), les contours qui s’y logent, et ce, avec un degré de précision adéquat. Il nous a semblé que le demi-niveau du modèle de Delattre présentait à la fois un degré de précision suffisant, et l’avantage d’une relation mathématique simple entre ce dernier et le modèle que nous proposons (MELISM). Nous obtenons donc 9 niveaux, codés de manière automatique sous Praat par la procédure MELISM et en accord avec la procédure INTSINT (Hirst et Espesser, 1993). 

Principaux résultats :

Dans Caelen-Haumont [CAE-1350], à propos d’un dialogue improvisé (et également de chants improvisés marathi), nous avons réalisé une analyse perceptive des valeurs et défini les fonctions pragmatiques des mélismes. Munie désormais de cet outil, nous pouvons en tester la validité, ce que nous avons fait pour l’analyse pragmatique à propos du même corpus. Ce travail a été repris avec l’aide de MELISM qui code automatiquement les séquences tonales [CAE-1878], [CAE-1875].
Compte tenu d’un dialogue improvisé semi-spontané réalisé avec des locuteurs qui étaient contraints de s’engager dans un débat (communication téléphonique entre un « touriste » désirant visiter une ville et un « employé » de l’office de Tourisme, l’un et l’autre ayant des buts divergents, et des plans non concordants), nous avons formulé les hypothèses suivantes concernant « l’employée » : 1° la locutrice s’implique subjectivement dans son rôle 2° les indices de cette implication se trouvent au niveau mélodique dans les mélismes 3° les items lexicaux « mélismés » correspondent aux objectifs du dialogue et aux motivations personnelles de la locutrice.
De fait les résultats montrent que 74.6% des mélismes correspondent aux champs lexicaux liés aux objectifs du dialogue (préalablement établis). La locutrice s’est donc bien investie dans sa tâche, et son discours mélodique en porte bien les traces. Toutefois une étude complémentaire devra être menée sur les mots lexicaux du corpus qui entrent dans les 5 champs, afin de savoir quelle est la proportion des mots non mélismés qui entrent néanmoins dans ces champs lexicaux, ainsi que leurs caractéristiques acoustiques.

Ayant développé dans les travaux antérieurs [CAE-646][CAE-648] certains concepts pragmatiques susceptibles de décrire les comportements prosodiques des locuteurs, à savoir les notions de valeur, de croyance, (croire et faire-croire), nous les avons appliqués à cette analyse [CAE-1875].
En effet la question centrale porte sur la nature de cet investissement. Autrement dit quelles sont les valeurs qui le fondent ? En fait dans les mots mélismés, on trouve 2 types de valeurs, celles qui sont transmises par les consignes du dialogue (informer, établir un programme de visites culturelles, élaborer un itinéraire, mettre à jour le plan), et par ailleurs celles qui sont propres à la locutrice O4 (l’importance des éléments naturels, traditionnels, esthétiques, conviviaux) et qui sont sa manière à elle de réaliser les consignes et par là de s’engager pour rallier le « touriste » à ses vues.
En réalité ces différentes valeurs, d’ailleurs compatibles entre elles, sont plus profondément des croyances, véritables source d’énergie (cf l’état d’excitation, ou arousal en anglais, bien décrit dans la littérature [CAE-1883]), pour la parole et donc la prosodie. De ce fait ces croyances sont également de 2 types, celles qui sont issues de la tâche (et dans ce cas, tous les locuteurs des différents dialogues qui se sont investis, les partagent), et celles qui sont propres à la locutrice.
Relativement à la tâche, c’est croire (et faire croire) à la nécessité de convaincre la touriste de se rendre dans les lieux culturels, de l’aider, de l’informer. Relativement à la locutrice, c’est croire (et faire croire) qu’un objet touristique donné nécessite un déplacement, que les éléments et les repères de la ville (ronds-points, sens uniques ...) sont une connaissance indispensable pour atteindre mieux et plus vite le point de visite, qu’une caratéristique de cet objet (historique, esthétique, exotique, caractère exceptionnel ...) est susceptible de séduire la touriste. En fait la croyance repose sur le sentiment que ces valeurs sont partageables et motivantes pour autrui ...
De ce fait, les mélismes qui mettent en relief par le registre aigu (niveaux a et s et/ou large excursion mélodique) tout ce vocabulaire attaché aux valeurs de la tâche et de la locutrice, exercent, indépendamment de la strate linguistique, et comme elle, une fonction perlocutoire par l’action sur autrui, volontaire, consciente ou pas. C’est sans doute par les notes aiguës du mélisme que l’auditeur identifie, attachée à ces valeurs exprimées lexicalement, l’expression d’une vérité du locuteur, d’une subjectivité ou « émotion-racine », qu’il peut y adhérer, ou au contraire la réfuter. L’espace lexical du mélisme est à ce titre un lieu de rencontre avec l’autre, une communication privilégiée de l’intersubjectivité et du passionnel.
L’outil phonolgique MELISM semble donc être adéquat dans la mesure où il simplifie la courbe mélodique naturelle de F0, et la structure sur les plans quantitatif et qualificatif, et rend l’analyse linguistique et pragmatique plus objective. L’analyse phonologique doublée d’analyses sémantique (champs lexicaux) et pragmatique, permet ainsi de mieux caractériser les objectifs du locuteur et ses valeurs.
Les travaux se sont ensuite majoritairement orientés vers l’étude des configurations tonales des mélismes dans le cadre du projet PFC (cf ci-dessus [CAE-1541] [CAE-1876] [CAE-1879] [CAE-1881] [CAE-1882] [CAE-1898] [CAE-1882] [CAE-1941] [CAE-2280] [CAE-2292] [DEL-2456]).

Prosodie et émotions

A la suite d’une « Ecole de Pâques » en avril 2003, organisé par le GDR « Phonétique et Phonologie », un ouvrage collectif a été mis en chantier sur les avancées dans ces domaines, et publié chez Hermès en septembre 2005 [CAE-1883]. Pour rédiger le chapitre qui me revient sur la revue des études dans le domaine du traitement des états émotionnels et de la parole, j’ai cherché à replacer les analyses dans leurs modèles, les modèles dans leurs concepts, les concepts dans leurs paradigmes, et les paradigmes dans leur historicité.
Au terme de cette vaste étude, alliant les aspects historiques, les sciences cognitives dans leur ensemble, la pathologie, la linguistique et la prosodie, on a le sentiment que les paramètres prosodiques de l’émotion, malgré l’immense variabilité intralangue et interlangue, semblent converger à travers les langues, vers une récurrence de leurs traits, pour ne pas dire une invariance. Parmi ceux-ci, on retrouve généralement pour l’ensemble des émotions et attitudes, les variations extrêmes des valeurs de F0 (maximum, minimum), l’amplitude forte vs. faible de F0, les variations de débit. Ce qui peut varier en fait d’une langue à une autre, c’est l’usage du plus ou moins de quantités attachées à ces indices, ainsi que les patrons.
Cette convergence concerne sans doute moins les états émotionnels spécifiques, car certains d’entre eux résistent encore à une discrimination. Ceci est sans doute explicable par l’insuffisance des études, mais aussi par une certaine indifférenciation naturelle de l’usage des indices prosodiques (F0, valeurs et contours, intensité, tempo).
Ainsi ces récurrences de traits à travers les langues concerneraient davantage des types d’émotions, qui se partageraient une grande partie de leurs traits prosodiques. L’intérêt d’une description des états émotionnels par des dimensions telles que la valence, l’activation, la dominance, est sans doute d’offrir une grille d’analyse contrastive aux états émotionnels, et à leurs paramètres associés, et ainsi de constituer des catégories d’états émotionnels sur des critères de plus grande proximité de traits ou de configurations semblables des valeurs de ces dimensions. On pourrait poser l’hypothèse que ce qui pourrait être l’objet d’une tendance à l’invariance prosodique dans un ensemble de langues, ce serait non pas les émotions particulières, mais ces catégories d’émotions que les dimensions permettent de discriminer grâce à la proximité de leurs configurations de traits. 

Outils ou méthodes développés :

Dans Caelen-Haumont & Auran [CAE-1875] [CAE-1877] [CAE-1898] [CAE-1879] [CAE-1876][CAE-1881], nous avons défini un outil d’analyse phonologique des mélismes, qui permet en fait de coder automatiquement sous Praat les structures phonologiques superficielles des mélismes. Cet outil en fait annote, code et stylise les contours de F0 (cf figure 1 ci-dessous). Dédié à l’étude des proéminences lexicales dans leur rapport à l’expression de l’affectivité, il n’en reste pas moins utilisable pour d’autres applications (analyse des langues à tons par exemple, ou domaines pédagogique, médical et réhabilitation...).

La procédure MELISM se branche à la sortie du module MOMEL (Hirst et Espesser, 1993) qui modélise la courbe de F0 sous la forme d’une courbe continue, pauses et segments consonantiques compris. Cette courbe est constituée d’une succession de points cibles qui calculent les valeurs de F0 toutes les 10 ms.

INTSINT et MELISM sont deux algorithmes qui codent de manière automatique les séquences de MOMEL, mais avec des objectifs et des codes différents. INTSINT est dédié à l’intonation, et code au sein d’un cadre de valeurs absolues (extrema et milieu), les valeurs relatives des segments successifs. Comme l’objectif pour nous est d’extraire et de comparer les mélismes, l’usage de codage tonal relatif vis-à-vis de ce qui précède n’est pas adéquat : il faut nécessairement coder nos extraits en valeurs absolues, calculées sur l’amplitude maximale du locuteur dans le corpus d’analyse. Ainsi calculés de la même manière sur l’amplitude maximale de chaque locuteur, les comparaisons sont légitimes. Nous disposons donc de 9 symboles (aigu, supra, haut, élevé, moyen, centré, bas, infra, grave) correspondant aux 9 niveaux qui partagent le registre total du locuteur et qui constituent les points-cibles. MELISM regroupe automatiquement ces points-cibles pour former les séquences bitonales des mélismes (ex : am, sh, gc ...). Les niveaux les plus aigus (a, s et sous conditions, h), constituent l’indice fondamental de la subjectivité, associé le plus souvent à une forte amplitude de F0.

Un manuel d’utilisation de la procédure [CAE-2522] a été rédigé à destination des étudiants collègues. L’explication est fournie pas à pas, et amplement illustrée tout au long des 53 pages. Procédure MELISM et Manuel peuvent être téléchargés en ligne à partir du site.
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Participants (affiliés au LPL)

Contributions

Outils et méthodes

Cyril AURAN >>    
Bernard BEL >>    
Geneviève CAELEN-HAUMONT >>    
Emmanuel-Moselly MAKASSO >>    
Stéphane MORTREUX >>    
Publications :
2925  

CAELEN-HAUMONT, G. (2009)

Prosodie et sens : une approche expérimentale >>

2009

3106  

CAELEN-HAUMONT, G. (2008)

Investissement subjectif et indices prosodiques dans le discours spnotané de quatre locutrices, de l'arrière grand-mère à l'arrière petite-fille >>

2008

3399  

MAKASSO, E.-M. (2008)

Intonation et mélismes dans le discours oral spontané en bàsàa >>

2008

3105  

CAELEN-HAUMONT, G. (2007)

Labelling and structuring F0 prominences using an automatic segmentation and annotation tool (MELISM), and statistical results. >>

2007

2924  

CAELEN-HAUMONT, G. (2006)

Prosodie et sens : une approche expérimentale >>

2006

1883  

CAELEN-HAUMONT, G. (2005)

Les états émotionnels et la Prosodie : paradigmes, modèles, paramètres >>

2005

2454  

CAELEN-HAUMONT, G. (2005)

Prosodie et sens >>

2005

2455  

CAELEN-HAUMONT, G.; AURAN, C. (2005)

Manuel d'utilisation de la procédure MOMEL-MELISM sous Praat >>

2005

2926  

CAELEN-HAUMONT, G.; ZEI-POLLERMAN, B. (2005)

Voice and affect in speech communication >>

2005

2928  

CAELEN-HAUMONT, G. (2005)

Prosodie et sens : une approche expérimentale >>

2005

1875  

CAELEN-HAUMONT, G. (2004)

Valeurs pragmatiques de la proéminence prosodique lexicale : de l'outil vers l'analyse >>

2004

1877  

CAELEN-HAUMONT, G.; AURAN, C. (2004)

The phonology of melodic prominence: the structure of melisms >>

2004

1878  

CAELEN-HAUMONT, G.; AURAN, C. (2003)

Lexical prominence, melisms and subjectivity: from automatic annotation to pragmatic functions >>

2003

1905  

AURAN, C.; BOUZON, C.; CAELEN-HAUMONT, G.; COQUILLON, A. (2003)

Parlers régionaux de France et de la région aixoise : voir et entendre quelques particularités locales >>

2003

1350  

CAELEN-HAUMONT, G.; BEL, B. (2002)

Subjectivité et émotion dans la prosodie de parole et du chant : espace, coordonnées et paramètres. >>

2002

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